RELAXE DE FEMEN A LILLE

LA NUDITÉ REVENDICATIVE EST-ELLE ADMISE ?

 

L’on peut penser ce que l’on veut des Femen, ne pas approuver certaines causes qu’elles défendent, ainsi que la virulence de leur message, ce qui est le cas de l’auteur de ces lignes. Il est toutefois indéniable, bien qu’il ne semble pas que ce soit leur but principal, qu’elles font avancer le « droit de la nudité ».

Les progrès sont incontestables. Rappelons tout d’abord ce que sont les Femen.

Il s’agit d’un mouvement trouvant son origine en Ukraine, de femmes adeptes d’opérations « coups de poing » opérant seins nus, tenantes semble-t’il, d’un féminisme radical, athée et même très anti-religieux.

Une première action « coup de poing » avait déjà eût lieu à l’Eglise de la Madeleine.

Le 20 décembre 2013, En réplique à des « campagnes anti-avortement menées par le lobby catholique à travers le monde », Eloïse Bouton, alors chef de file des Femen en France, y entre et mime « l'avortement de l'embryon de Jésus », en déposant devant l'autel un morceau de foie de veau censé représenter un fœtus. Elle porte sur son ventre les inscriptions « 344e salope », en référence au manifeste des 343 salopes, et sur son dos « Christmas is cancelled » (« Noël est annulé »). L'action est réalisée pendant une répétition de l’Ensemble vocal de la Madeleine. Une enquête de police est ouverte, qui aboutira à sa condamnation à un mois de prison avec sursis pour exhibition sexuelle et au paiement d’une somme de 2000 euros de dommages et intérêts au curé de la Madeleine ainsi que 1500 euros au titre des frais de justice.

Or concernant cette condamnation et indépendamment de ce que l’on peut penser de l’action elle-même, le fondement juridique de celle-ci pose problème.

Ce fondement est l’article 222-32 du Code pénal réprimant l’exhibition sexuelle imposée à autrui dans un lieu accessible au regard du public.

En effet, Eloïse Bouton n’était pas totalement nue et exposait juste son torse.

Elle a interjeté appel.

 

En février 2015, se tenait le procès de l’affaire de proxénétisme de l’hôtel Carlton de Lille, devant le tribunal correctionnel de cette ville, où dans la liste des prévenus, figurait Dominique Strauss-Kahn (relaxé…).

Trois militantes Femen, saisissant l’occasion, se sont jetées seins nus sur la voiture de celui-ci alors qu’il gagnait le tribunal.

Il est vrai qu’indépendamment du résultat final du procès, la conception très particulière de la femme manifestée par le principal intéressé fait qu’il était difficile pour le mouvement de laisser passer l’événement sans agir.

Il était permis de penser que le parquet de Lille allait en rester là et ne pas poursuivre. Or, et l’on peut se demander ce qui a pu se passer dans la tête de ceux qui ont pris cette décision, les trois militantes ont été attraites devant le Tribunal correctionnel.

Tout comme Eloïse Bouton, elles ont été poursuivies pour « exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au regard du public ».

 

Or, ainsi qu’il a été déjà relaté dans la présente rubrique, nous savons depuis un arrêt en date du 7 décembre 2011 contestable et contesté dans le cadre de la présente rubrique que la Chambre criminelle de la Cour de cassation considère que « le délit d'exhibition sexuelle… suppose pour être constitué que le corps ou la partie du corps volontairement exposé à la vue d'autrui soit ou paraisse dénudé ».

Ici et dans les deux cas seul le torse étant exposé, ce qui signifie selon le tribunal que la poitrine féminine exposée constitue une exhibition sexuelle, ce qui pose un problème de taille, c’est l’égalité homme-femme devant la loi et la jurisprudence.

Ce problème d’égalité a été au demeurant résolu par l’Etat de New-York qui a admis les torses nus pour les représentants des deux sexes.

Si la Femen avait été un homme, il apparaît très peu probable qu’il eût été condamné sur le même fondement juridique.

Il pourrait être répliqué que n’a pas été condamnée l’exposition du torse mais l’attitude globale.

Or dans le cas d’Eloïse Bouton, il apparaît difficile de dire que déposer un foie de veau pour symboliser un avortement revêt un caractère sexuel. Cela peut éventuellement revêtir un caractère injurieux à notre sens et donc constituer une injure à une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée (article 33 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse), mais pas un caractère sexuel.

C’est encore plus vrai s’agissant des trois militantes de LILLE, dont l’action visait à dénoncer une exploitation de femmes reléguées au rang d’objets sexuels et donc traitées comme tel.

Où est l’attitude sexuelle, où est l’exhibition sexuelle dans ce cas ?

Donc le parquet de LILLE de manière incompréhensible ainsi que précisé plus haut engage des poursuites.

L’audience s’est tenue le 24 février 2016. Le ministère public, ne craignant visiblement pas d’aller crescendo dans le ridicule requiert des peines de trois mois d’emprisonnement avec sursis et 1000 euros d’amende à l’encontre de chacune des prévenues.

Or même si la peine maximale encourue pour l’infraction d’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au regard du public, est d’un an d’emprisonnement et 15000 euros d’amende, la peine requise lors de l’audience du 24 février 2016 est une peine lourde. En effet, si elle était prononcée, en cas de récidive légale, c’est-à-dire la réitération de faits de même nature dans un délai de cinq ans à compter de la condamnation définitive, le sursis risque d’être révoqué, donc converti en peine ferme !!!

Pour avoir dénoncé le machisme pleinement assumé de certains, l’addition aurait pu être très lourde !!

 

Toutefois pour les raisons invoquées plus haut, l’infraction d’exhibition sexuelle n’est pas constituée.

Ce fut au demeurant l’avis du tribunal qui a prononcé la relaxe des trois prévenus !!!

Il est à souhaiter fortement que ce soit également l’avis de la cour d’appel qui devra se prononcer sur la procédure à l’encontre d’Eloïse Bouton, ceci indépendamment de ce que l’on peut penser de son action.

Nul doute qu’elle pourra exciper de la relaxe de Lille.

 

L’expression du corps peut donc constituer de plus en plus, une manière comme une autre d’user de sa liberté d’expression.

Il en est de l’action des Femen comme par exemple des cyclonues, ou même d’autres actions revendicatives.

Certains expliquent que de tels modes d’action constituent une exploitation du corps humain. Une telle assertion est surtout significative du caractère tabou de celui-ci pour celui qui l’émet.

 

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